Transexualité et Société
La prise de conscience et l’acceptation de soi sont certainement parmi les plus grandes difficultés de la transidentité. Il faut parfois des années, voire des dizaines d’années, pour oser affirmer sa différence et acquérir la certitude que seule une transition permettra de résoudre sa « dysphorie de genre ».
La plupart des transexuelles sont des personnes équilibrées qui s’efforcent de s’intégrer socialement et de mener une vie « normale », mais leur parcours de transition est le plus souvent semé d’embûches.
Même si la société a connu une évolution notable de ce point de vue, leur situation entraîne une fragilisation et des risques non négligeables de marginalisation : rupture de liens sociaux et affectifs (conjoint, parents, fratrie, enfants, amis), perte d’emploi ou harcèlement moral, et autres formes d’exclusion.
Leurs difficultés sont encore accrues par la situation administrative kafkaïenne engendrée par le décalage entre leur image et leur état civil : carte Vitale, papiers d’identité. La France refuse en effet le changement d’état civil avant la chirurgie de réassignation sexuelle, contrairement à d’autres pays d’Europe, comme l’Espagne.
La réussite d’un parcours est grandement facilitée par la faculté de compréhension et de soutien émanant de l’entourage.
Il arrive que des enfants naissent avec un appareil génital externe ambigu. On parle alors « d’intersexués », cas spécifiques non abordés ici.
Mais dans la plupart des cas, on naît avec un sexe physiologique défini mâle ou femelle, auquel la société associe d’emblée le genre masculin ou féminin. Or, il peut exister un décalage entre le sexe biologique et le genre : un « mâle » va alors se ressentir femme et une « femelle » homme. Ce décalage va générer un conflit intérieur (on parle de « dysphorie de genre »), amplifié par l’interdit émis implicitement par l’environnement familial et social.
Nombre d’hypothèses ont été émises pour tenter d’expliquer ce phénomène : imprégnation hormonale intra utérine, cause génétique, conditions psychologiques des premiers mois de la vie… Aucune n’a pu donner lieu à ce jour à une validation scientifique. Par défaut, la médecine a classé les « troubles de l’identité de genre » dans la catégorie des maladies psychiatriques malgré l’absence de tout symptôme de dysfonctionnement mental. En dépit des tentatives systématiques mises en œuvre depuis la fin du XIXe siècle, tous les traitements psychiatriques, psychanalytiques, ou psychothérapeutiques se sont révélés impuissants à éliminer ce ressenti.
Il paraît illusoire aujourd’hui, et même nuisible, de chercher à « guérir » un individu de son aspiration fondamentale à vivre dans le genre qu’il ressent, voire à « changer de sexe ».
Alors que la personne ressent généralement son malaise très jeune, elle n’est pas forcément capable de le nommer, encore moins de l’exprimer.
Les situations diffèrent selon le moment de la vie où cela se révèle.
Souvent, elle s’efforce de « faire avec » et parvient tant bien que mal à se construire une personnalité et à se comporter selon les schémas sociaux attendus : études, réussite professionnelle, et même mariage, voire enfants. C’est au prix d’une auto-répression douloureuse qui conduit souvent à un renfermement mental, source de comportements plus ou moins incompréhensibles par l’entourage. Le travestissement occasionnel, et souvent secret, pourra offrir une échappatoire fugace.
Et un jour, quelquefois fort tard, s’impose la nécessité impérieuse d’entreprendre un cheminement vers soi-même, pour enfin être bien dans sa peau.
Dans ce type de parcours, la personne a pu réussir une certaine intégration sociale, mais elle va devoir affronter de grandes difficultés et une forte culpabilisation vis-à-vis de son entourage.
Pour certains enfants par contre, l’impossibilité à vivre dans le genre qu’on leur a assigné se manifeste dès le plus jeune âge. Si ce malaise n’est pas pris en compte, ils iront vers l’échec scolaire, l’isolement, et parfois la marginalisation sociale (dans les cas extrêmes, il peut y avoir une évolution vers une psychose et/ou des tendances suicidaires). Leur parcours ultérieur s’avéra alors plus difficile encore, même s’ils obtiennent finalement la réassignation sexuelle dont ils ont besoin.